—Une vraie machinerie de passagers de première classe à bord des transatlantiques, observe Guénic en mastiquant son éternel paquet de tabac.
«Avec ça que la route se tire... se tire... que c'est une bénédiction.
Cependant le capitaine semble soucieux. Il examine attentivement le Nord, d'où montent de petits cumulus, tout serrés, tout blancs, de véritables balles de coton, comme disent les marins. Son regard se tourne ensuite vers le Sud, où se forment de longs filaments blancs, déliés, qui s'étalent très vite et embrument l'horizon. Ces derniers, appelés nuages du vent, sont des cirrhus, dont l'apparition précède généralement les bourrasques.
Le capitaine consulte le baromètre pour la dixième fois au moins depuis deux heures et s'aperçoit que la baisse constatée à ce moment s'accentue encore.
Là-bas, au Nord, les cumulus semblent immobiles. Mais au Sud, les cirrhus grandissent, montent, s'épaisissent à vue d'œil.
Le vent du Nord est généralement tempéré. Celui du Sud qui, depuis le cap Farewell, court sur près de trois mille kilomètres de glace, est plus âpre et plus dur. C'est la bise d'hiver, celle qui apporte les frimas dont elle s'imprègne sur le désert d'icebergs et d'icefields, cimente les banquises, obstrue les rues d'eau, et roule des averses de neige.
Le capitaine se demande avec inquiétude lequel de ces deux grands courants atmosphériques va prédominer.
Dans tous les cas, cette prédominance ne saurait s'établir sans une lutte à laquelle il importe de soustraire au plus vite la flottille.
Qu'elle vienne d'ailleurs du Midi ou du Septentrion, la tempête, annoncée par la dépression barométrique et l'apparition des cirrhus, ne saurait manquer d'être fatale au «chapelet».
Donc, il faut au plus vite chercher un abri.