Ce n'est plus la plaine, et ce n'est pas encore la montagne. C'est une sorte d'état transitoire participant de l'un et de l'autre, et où l'on trouve simultanément: collines, vallons, surfaces planes, roches dans un pêle-mêle déjà plein d'imprévu, mais sans rien de grandiose ni de tourmenté.

Un peu plus loin, dominant tout, absorbant tout et escaladant les nuées, les monts géants.

Telle, toutes proportions gardées, se présente devant l'expédition française la glace, dont la métamorphose devient de plus en plus rapide et complète.

Les hummocks se multiplient et augmentent de volume au point que les chenaux qui les séparent, souvent de simples sentiers perdus, ne font plus que zigzaguer pour arriver parfois à un cul-de-sac.

Ces sentiers, encombrés de neige, doivent être déblayés pour livrer passage aux traîneaux. Il faut en outre en niveler les déclivités, sous peine de voir l'appareil tout entier reculer ou se ruer en avant, avec son attelage d'hommes et d'animaux.

Il y a de véritables chaînes de montagne en miniature avec leurs précipices, leurs paliers, leurs versants, leurs défilés, à travers lesquels on ne trouve que de plus en plus difficilement une voie.

Bref, les allées et venues sont telles, et les détours si nombreux, qu'après quatorze heures d'efforts surhumains, et une marche de seize kilomètres, la distance effective dans la direction du Pôle est seulement de sept kilomètres.

Que d'efforts surhumains

Les hommes totalement hors d'état d'avancer sont épuisés. Les chiens sont fourbus avec leurs pattes enflées et sanglantes.