Chose plus grave, car le repos a raison de la fatigue, si les traîneaux, surtout la chaloupe, ont pu être remorqués jusque-là, c'est chose invraisemblable, impossible en apparence, et prouvée par la réalité du fait; mais demain!
Il est évident que les vaillants et dévoués matelots feront leur devoir comme hier, comme toujours. Ils ne reculeront pas d'une semelle, ne marchanderont pas leurs efforts, et tous valides comme malades essayeront l'âpre conquête du Pôle.
Mais ne vont-ils pas trouver devant eux quelque chose de plus fort que l'énergie humaine... c'est-à-dire l'obstacle matériel absolu, infranchissable.
Au loin, dans la brume blanchâtre, estompée de tons d'outre-mer, se profile une ligne déchiquetée, anfractueuse qui fait hocher la tête aux plus intrépides.
Cette ligne aperçue jadis à la baie de Melville, et contemplée longuement pendant l'hivernage, c'est celle que forment les crêtes des hummocks sur l'horizon polaire. Une sorte de profil montueux, dont on devine inférieurement les lourdes assises.
Peut-être une nouvelle banquise, un dernier et plus formidable obstacle élevé par la jalousie de l'Isis polaire autour de l'axe terrestre.
[VII]
A l'affût.—Mort d'un phoque.—Saignée.—Remède au scorbut.—Deux nouveaux malades.—Hypothèse au sujet des glaces polaires.—Voie presque impraticable.—L'état de Fritz empire.—Agonie et mort d'un patriote.—Funérailles.—Suprême résolution.—Il faut se séparer.—Matériel plus léger.—l'expédition définitive.—Choix de ceux qui doivent y participer.—Départ.
Le 24 avril, journée abominable. Froid un peu moins vif, car le thermomètre ne descend pas à −30°, mais averses de neige incessantes.
L'accès des glaces devient de plus en plus difficile et la marche en avant à peu près impraticable.