Le fer a pénétré sans doute profondément dans la chair, car en dépit d'efforts nécessitant la vigueur des trois hommes, la bête ne peut s'échapper.
La lutte dure près d'un quart d'heure, au bout duquel un superbe phoque barbu, de la grande espèce, est halé, non sans peine.
Il se débat faiblement encore, contre le croc qui s'est implanté jusque dans sa gorge, et beugle plaintivement.
Aux hurlements de joie poussés par Oûgiouk, une partie de l'équipage est accourue.
Le pauvre animal est croché tout palpitant au bout d'une amarre et traîné jusqu'à la tente, par une dizaine d'hommes ravis de l'aubaine.
Mais les plus heureux sont certainement le docteur et Oûgiouk. L'homme de science et le sauvage se rencontrant et non pour la première fois, sur le domaine de l'expérience, savent tous deux que la prise du phoque peut et doit améliorer l'état des scorbutiques.
Oûgiouk a très bon estomac, on s'en souvient, ce qui ne l'empêche pas d'avoir bon cœur. D'ordinaire, il s'empresse d'aspirer le sang tout chaud des animaux capturés. Pour cette fois, il renonce généreusement à ce régal de haut goût et moitié par signes, moitié par gestes, engage vivement Fritz et Nick à coller leurs lèvres à la veine qu'il vient d'ouvrir et d'où jaillit une coulée de sang tiède et vermeil.
Le docteur insiste également, alléguant que ce sang tout chaud est un remède souverain, infaillible, bien connu des nomades arctiques, et souvent expérimenté par les baleiniers.
Puis il ajoute:
—Hâtez-vous, car l'animal agonise.