Et ses camarades, qui s'empressent autour de lui affectueusement, fraternellement, effrayés de l'atonie incroyable de l'Alsacien naguère si vigoureux, ne peuvent se défendre d'un pressentiment sinistre.

Le soir venu, l'état de Nick, chose incroyable, s'est subitement amélioré, comme si le malade avait été gorgé de cochléaria ou de cresson.

Fritz allait plus mal, et pour comble de malheur, Constant Guignard et le lieutenant Vasseur étaient pris à leur tour du scorbut!

Tous deux, après avoir vaillamment lutté, s'affalent au dernier moment, n'en pouvant plus, les membres rompus, le corps couvert de taches hémorragiques.

Ce n'est pas impunément qu'on accomplit des efforts comme ceux des jours passés, où chacun a fait plus que son devoir.

L'expédition comptant trois malades, et un moribond, car hélas! nul ne peut plus guère s'illusionner sur le sort du pauvre Fritz, et plusieurs cas d'ophtalmie en voie de guérison, le capitaine fait stopper d'urgence, et cesser tous les travaux, pour donner du repos à son monde.

La situation est grave.

Ainsi qu'il a été dit et répété plusieurs fois pendant ce récit, l'existence d'une mer libre autour du Pôle est très problématique [13]; mais, d'autre part, l'expérience de plusieurs expéditions arctiques nous a appris que, sous certaines influences, la mer polaire s'ouvre parfois, même en hiver.

Vraisemblablement il n'existe pas une carapace de glace continue autour du Pôle; çà et là des vides s'y trouvent. Sous l'action des vents, les banquises doivent dériver, remplissant les eaux libres et en laissant ensuite derrière elle.

Leur mouvement ressemble à celui d'une nappe d'huile se promenant sur une couche d'eau plus large. Il en résulte qu'à certains moments quelques parties du bassin polaire sont débarrassées des glaces...