... Donc, ni mer libre, ni mer captive. Mais un océan encombré de glaces errantes, susceptibles de rester à peu près stationnaires pendant un temps plus on moins long, pour reprendre cette pérégrination lente à travers les espaces liquides enserrés par les continents.
Ces glaces, qui s'ouvraient jadis devant l'intrépide Français, vont-elles se dresser désormais en barrières infranchissables entre lui et l'axe terrestre.
Il y a urgence d'agir et une prompte détermination s'impose.
Il faut au plus vite explorer la région, savoir comment sont réparties ces alternances de glace et d'eau vive sur l'espace relativement très faible qui sépare l'expédition du Pôle.
Car, enfin, le but de tant d'efforts n'est plus éloigné que de cinquante lieues terrestres!
Cinquante lieues! pour un piéton médiocre, ce serait l'affaire de cinq jours sur une bonne route. Autant pour revenir, soit dix jours.
Mais l'idée seule d'essayer d'avancer à travers un pareil chaos n'est-elle pas la plus insigne de toutes les folies!
Le capitaine Markham a mis jadis plus d'un mois à parcourir, dans des circonstances analogues, quatre-vingts kilomètres! Au retour, son équipage était à moitié mort d'épuisement, et le scorbut terrassait les plus vigoureux parmi ses hommes.
Encore ses marins trouvèrent-ils au retour, sur leur navire l'Alert, une abondance, un confort et des soins qui les rappelèrent à la vie.
Le commandant de l'expédition française n'a aucun lieu de refuge. Il possède pour tout viatique six semaines de vivres, pour tout matériel une tente en toile à voile et quatre embarcations. Pour auxiliaires, des malades et des débilités.