Que faire?...
Rester là et attendre?... attendre quoi?... la débâcle?...
L'énorme banquise est entrevue à moins d'un mille, et l'amoncellement chaotique de glaces verdâtres, opaques, dures comme du cristal n'est pas de ceux que fondent les obliques rayons du soleil polaire. L'ouragan et les courants peuvent déplacer ces montagnes flottantes, vieilles de plusieurs siècles, mais non les disloquer.
Donc l'attente serait vaine.
Ne vaut-il pas mieux affronter résolument cet obstacle qui se dresse comme une dernière impossibilité, pousser une pointe audacieuse, avec les plus robustes et le minimum de bagages et de provisions?...
Sans doute. Mais, la banquise dérive toujours. Lentement, mais sans relâche. Qu'arrivera-t-il, si derrière ce rempart paléocrystique on trouve l'eau vive! Et si de glaçon flottant en glaçon flottant la petite troupe toujours pointant vers le Pôle, ne retrouve plus au retour les hommes qui seront demeurés avec les embarcations et le matériel!
Là est en effet le grand danger. Ne plus se rencontrer, après une séparation qui ne peut être inférieure à quinze jours.
D'Ambrieux est cruellement perplexe. Ne voulant pas prendre une résolution prématurée dont il sent pourtant l'urgence, il va décider d'attendre vingt-quatre heures encore.
Du reste, une catastrophe qui frappe d'épouvante ses hommes, jusqu'à présent étrangers à la pensée de la mort, suspend jusqu'à nouvel ordre sa détermination.
Le pauvre Fritz agonise. Les points rouges qui, dès le second jour, apparaissaient sous sa peau, se sont étalés en larges ecchymoses bleuâtres. Des tumeurs dures bossuent l'épiderme, et les membres possèdent par place la rigidité du marbre.