Des douleurs lancinantes, qu'exaspère le moindre contact, courent le long de ses os, redoublent aux jointures toutes déformées et lui arrachent des cris déchirants.

Incapable de mouvement, faible au delà de toute expression, perdant toutes ses dents qui se déchaussent et tombent des gencives décomposées, devenues molles comme de l'éponge, encore épuisé par une salivation abondante, et pouvant à peine respirer, le mécanicien se sent mourir au milieu de ses compagnons désespérés.

Le savoir du docteur, son dévouement ont été impuissants à conjurer l'atroce maladie.

Les minutes sont à présent comptées.

Contrairement à ce qui se passe d'ordinaire, l'intelligence est restée nette. Mais les paroles peuvent à peine sortir de la bouche du malheureux, car sa langue gonflée remplit presque entièrement la cavité fétide, d'où s'échappe, à chaque effort, une sérosité sanguinolente.

Groupés autour de lui, tout pâles et les yeux humides, les marins désolés ont peine à croire à une désorganisation aussi rapide. Comment, Fritz Hermann, ce colosse blond, ce géant si fort et si bon, est devenu en quelques jours ce moribond sans vigueur, sans voix, presque sans regard!...

Quelque intrépides qu'ils soient, ils ne peuvent se défendre d'un vague sentiment d'effroi, bien légitimé par l'aspect navrant de l'agonisant.

Autre chose est, en effet, de mourir en pleine vigueur, soit dans le tourbillon de la tempête ou l'enivrement de la bataille, et d'assister à sa propre décomposition, sentir son organisme s'en aller en lambeaux putrides, et fluer en liquides purulents!...

Fritz pourtant est calme, en homme qui a suivi tout droit le chemin de la vie, et n'a rien à se reprocher au moment où le voyage s'interrompt.

Il murmure à grand'peine des paroles sans suite, et fixe sur son capitaine qui lui tient la main un inexprimable regard d'affection et de regret.