«Chante!... l'Alsace à l'Alsacien qui meurt!»

Surmontant d'un énergique effort l'émotion qui le serre à la gorge, le jeune homme entonne d'une voix sourde, voilée, la fière protestation.

Dis-moi quel est ton pays,
Est-ce la France ou l'Allemagne?...

Et Fritz, les yeux fixés avec un indicible regard d'amour et de regret au pavillon qui flamboie sous le grand soleil, semble pour un instant renaître à la vie.

Le Parisien continue d'une voix plus ferme qui retentit, à travers les amoncellements de glace, et se perd là où nul accent humain n'a encore vibré.

... C'est la vieille et loyale Alsace...

A la seconde strophe, on voit Fritz haleter. De grosses gouttes de sueur coulent sur son front, et ses yeux, hypnotisés par les couleurs nationales, s'emplissent de larmes.

Le Parisien entonne la troisième strophe.

Dis-moi quel est ton pays,
Est-ce la France ou l'Allemagne?
—C'est un pays de plaine et de montagne,
Où poussent avec les épis,
Sur les monts et dans la campagne,
La haine de tes ennemis
Et l'amour profond et vivace,
O France, de la noble race!...

... Par un effort dont on l'eût cru incapable, Fritz, cramponné à la main du capitaine et à celle du chanteur, se lève à demi, au moment où son camarade s'écrie à pleine voix: