Allemands, voilà mon pays!...
Quoi que l'on dise et quoi qu'on fasse,
On changerait plutôt le cœur de place
Que de changer la vieille Alsace!...
A ce dernier mot: Alsace! le mécanicien crie: «Présent!...» comme si une voix mystérieuse l'appelait au delà de cet horizon lointain, vers cet infini où il ne doit plus y avoir ni haines ni regrets, et retombe mort sur sa couche.
—C'en est fait! dit le capitaine sans chercher à dissimuler une larme qui roule jusque sur sa grosse moustache de guerrier gaulois.
—Pauvre Fritz! murmure le Parisien en sanglotant brusquement, à pleine gorge.
Et tous les marins se découvrent avec un respect attendri, pendant que le capitaine, détachant le pavillon, en couvre, comme d'un linceul, la dépouille de cette première victime du devoir!
Bien que le temps pressât, en raison de la pénurie de vivres, le capitaine résolut d'attendre au lendemain avant de rien entreprendre.
Il voulait présider aux funérailles de son matelot, veiller près de lui, et l'ensevelir de ses mains, comme s'il eût été un membre de sa famille.
Ce pieux devoir accompli, il s'en irait où l'appelaient les hasards et les périls de sa destinée.
La mort de Fritz Hermann constatée légalement par le docteur, il fut revêtu de sa tenue de bord avec sa médaille militaire attachée au côté gauche de la poitrine. Il resta ainsi exposé pendant six heures, éclairé par tout le luminaire dont on put disposer, puis, ce temps écoulé, il fut enveloppé dans un vaste carré de toile à voile.