Le capitaine avait fait choix, à quelques centaines de mètres, d'un emplacement, au milieu de blocs énormes disposés de telle façon que l'effort de plusieurs hommes suffirait à les faire écrouler.

On creusa dans la glace une fosse profonde au milieu de cet amoncellement, et les travailleurs retournèrent à la tente pour procéder aux funérailles.

Le cadavre fut hissé sur le plus petit traîneau, celui qui sert en temps ordinaire à porter le bateau plat. Le pavillon national recouvrit la dépouille du défunt, et deux hommes s'offrirent pour traîner le fardeau funèbre. On se mit en marche au petit jour, le capitaine conduisant le deuil, et l'on atteignit la fosse, au milieu d'un silence plein de tristesse.

Selon la coutume des gens de mer, le capitaine lut l'office des morts. Puis la fosse de glace, après avoir reçu le cadavre du brave marin, fut comblée de menus morceaux, sur lesquels on fit écrouler avec fracas les blocs, dont la masse et le poids devaient rendre cette sépulture inviolable aux ours et aux loups arctiques.

Sur la plus haute pointe, fut plantée une modeste croix, faite de deux tronçons d'espars, sur laquelle le charpentier avait, pendant la veillée funèbre, gravé ces simples mots:

FRITZ HERMANN
FRANÇAIS D'ALSACE
26 avril 1888

—Adieu, Fritz Hermann, dit le capitaine d'une voix étranglée, adieu, matelot!

«Tu as vécu en homme d'honneur, tu as souffert et tu es mort sans reproche; repose en paix et que Dieu te reçoive en sa miséricorde!»

Le retour à la tente fut lugubre. Et chacun des survivants qui avait à se reprocher quelques imprudences comparables à celles que le mécanicien payait de sa vie, faisait à part lui de cruelles réflexions, se promettant bien de ne plus jamais sacrifier la sécurité du lendemain à la satisfaction du présent.

Promesses sincères autant qu'intéressées, auxquelles donnait un triste regain d'actualité la présence des trois malades immobiles sous la tente.