Contre toute possibilité, contre toute vraisemblance, Pregel aurait-il réussi à pousser jusque-là!
Et qui sait, plus loin encore peut-être, puisque les traces, au lieu de disparaître et de s'atténuer, augmentent encore, à mesure que s'accroissent les difficultés!
La voie suivie devient de plus en plus affreuse. Elle serait franchement impraticable, sans la présence de ces étranges travaux d'accès qui en facilitent singulièrement le parcours.
Enfin, chose plus extraordinaire encore, le chemin ainsi préparé se dirige imperturbablement vers le Nord, dont le pôle se rapproche de plus en plus.
La journée du 29 accuse ainsi une distance parcourue de vingt-six kilomètres, en dépit d'obstacles effrayants.
Le 30 avril, à 9 heures, par un froid toujours très vif, le capitaine constate que, après les circonvolutions opérées à la recherche de la ligne droite, cette ligne droite prolongée depuis le campement, atteint cent onze kilomètres, soit un degré.
L'expédition française est par 89° de latitude Nord, c'est-à-dire à vingt-cinq lieues terrestres seulement du Pôle!
Cette bonne nouvelle redonne du nerf à chacun et l'étape, après une nuit glaciale, est commencée avec un entrain superbe.
Ah! si la damnée trace qui monte inflexiblement vers le Nord n'accusait pas le passage antérieur d'inconnus venus on ne sait d'où, quelle joie exubérante, pour ces pauvres marins, qui, malgré leur vaillance, n'en peuvent plus, et ne marchent que soutenus par l'idée du devoir accompli, et par l'affection qu'ils portent à leur chef.
D'Ambrieux, de plus en plus sombre, garde un silence farouche et cherche si cette voie qui pourtant facilite singulièrement sa marche, cessera enfin.