Ce qu'il lui faut, c'est l'inviolée solitude avec ses glaces inaccessibles, son grand silence de région inexplorée, où ne se rencontrent même ni quadrupèdes ni oiseaux.
Mais, à propos, quels sont ces ossements épars sur la glace d'où la neige a été balayée par la tourmente! Cette tête busquée, ces mâchoires plantées de dents aiguës, ces pattes de plantigrades ont appartenu à un ours. Les os creux ont été éclatés à la chaleur, comme faisaient jadis les primitifs pour en extraire la moelle.
Mais ce ne sont pas des sauvages qui ont fait cette curée, car un peu plus loin se trouvent deux cartouches vides, en laiton, avec ces deux mots estampés sur le fond: «Maxwell Birmingham».
L'ours a été tué, puis dévoré par des hommes portant des armes approvisionnées de cartouches anglaises.
Renseignement bien vague et n'apprenant pas grand'chose.
L'expédition allemande est munie de fusils Mauser. Mais qui sait si parmi ses membres ne se trouve pas quelqu'un armé d'une carabine anglaise.
D'Ambrieux n'a point d'autre idée en tête que celle de l'expédition allemande et de son chef le devançant à travers la sinistre étendue de floes et de hummocks, à travers l'épouvantable Enfer de Glaces.
Et qui donc aurait pu s'avancer aussi loin, puisque depuis des années, nulle campagne polaire n'a été entreprise, sauf celles de la Jeannette et de Greely, si déplorablement terminées!
Les traces laissées sur les glaces, les débris abandonnés semblent du reste contemporains...
... A deux heures, le capitaine, de plus en plus obsédé, va commander la halte pour le goûter, quand Dumas, dont l'œil de chasseur voit juste et loin, lui fait apercevoir quelque chose de long et de mince, implanté en plein banc de glace, à une distance assez notable.