«C'est l'action combinée des vents et des courants.
«Un beau jour, la banquise paléocrystique a quitté les rives où l'a rencontrée le commandant Nares, et s'est mise à dériver au caprice de l'ouragan et suivant l'orientation des courants...
—Mais, capitaine, il y a onze ans de cela!...
—Qui nous dit qu'elle n'a pas tourné plusieurs fois autour de l'axe terrestre, qu'elle ne s'est pas promenée d'un pôle du froid à l'autre... qu'elle n'a pas été accrochée des mois, des années peut-être à quelque côte ignorée, pour repartir à travers les espaces circumpolaires?
—Vous devez avoir raison, capitaine.
«Car de telles masses une fois prises ne dégèlent plus, du moins sous pareille latitude, où l'été n'a même pas la chaleur de nos hivers.
Les deux hommes ralliaient à ces mots le campement où Dumas, Itourria et le Parisien attendaient, avec impatience, le résultat de la découverte.
On devine sans peine les exclamations et les commentaires qui suivirent cette étrange aventure, les réflexions que suggérèrent la longue existence de ces monstrueux amas de glaces errantes, et la surprise qu'éprouverait le brave officier anglais, en apprenant à quel vagabondage effréné s'était livré son document.
A propos de ce document, le capitaine d'Ambrieux le réintégra dans son enveloppe, et y ajouta un papier avec ces mots:
«Trouvé le 30 avril 1888 par le capitaine d'Ambrieux, chef d'une mission française partie en 1887 pour explorer les régions arctiques. Longitude observée: 9° 12′ ouest de Paris, latitude 89°. A cette date du 30 avril 1888, le commandant de la mission française, après avoir perdu son navire, n'avait plus que pour un mois à peine de vivres et se proposait, après être passé au Pôle, de rallier les terres moscovites. Quelques cas de scorbut se sont déclarés dans l'équipage frappé d'une perte cruelle, en la personne du mécanicien Fritz Hermann, qui succomba le 26 avril de la présente année.