Le traîneau sur lequel est resté amarré le bateau qui a porté les cinq hommes au Pôle est culbuté, puis mis en pièces sur les roches de glace.

Il faut au plus vite, sous les ordres et d'après les plans d'Oûgiouk, élever à la hâte une hutte de neige, un iglou, comme disent les sauvages groenlandais.

C'est une sorte de hutte hémisphérique, très surabaissée, percée d'un trou par lequel on se glisse à quatre pattes dans l'intérieur.

Que de peines, de travaux, de fatigues et de mécomptes pour élever seulement deux iglous dans lesquels s'engouffrent pêle-mêle, harassés, courbaturés, mourant de soif et de faim, les hommes et les chiens.

Dumas a repris ses fonctions de chef de cuisine, au grand regret de Courapied, dit Marche-à-Terre, fortement soupçonné de s'engraisser aux dépens de l'ordinaire.

Le brave Provençal se multiplie, installe une lampe à alcool heureusement échappée au désastre, emplit de neige le digesteur, prépare le café, popote un rata soigné pour les malades, songe ensuite aux hommes valides, puis à lui-même.

On est très mal sous l'abri tutélaire de l'iglou. La lampe, l'entassement des gens et des bêtes y développe une température chaude, nauséeuse, presque irrespirable.

Mais nul ne se plaint. Trop heureux d'être à couvert.

On ramasse les provisions enfouies sous la neige par le cyclone. Les chiens, guidés par leur odorat, en ont malheureusement trouvé la majeure partie, et dévoré le plus clair de la réserve avec leur avidité gloutonne de bêtes toujours inassouvies.

Il est trop tard pour récriminer, mais les matelots furieux jettent des regards de cannibales sur leurs camarades à quatre pattes jadis choyés, caressés, dorlotés comme des enfants.