Au dehors, l'ouragan fait rage sans qu'on puisse en présager la fin.
La région polaire ménage aux explorateurs de ces transformations d'autant plus cruelles qu'elles sont inattendues, et ramènent brutalement l'hiver arctique avec ses rigueurs, alors que l'époque de l'année, la clémence relative de la température semblent faire présager le printemps.
Cette troisième tempête de neige infiniment plus violente que celles dont ils ont précédemment subi l'assaut, dure huit jours entiers, sans un moment de rémission, c'est-à-dire jusqu'au 18 mai.
Le jour anniversaire de leur départ de France devait, dans la pensée de chacun, donner lieu à une petite fête en rapport avec la modicité de leurs moyens. Ce jour,—le 13 mai—amena une fatale découverte.
Les chiens, mis en goût par leur premier larcin, se sont ingéniés, depuis ce moment, avec leur flair et leur adresse d'animaux aux trois quarts sauvages, à renouveler leur bombance.
Ils ont merveilleusement réussi, en ce sens qu'après avoir trouvé le stock aux provisions, ils ont rongé les caisses, éventré les ballots, gaspillé autant qu'ils ont consommé, mais avec une telle ruse, une telle entente du pillage, une telle sournoiserie, qu'on se demande s'ils n'ont pas été aidés ou guidés par quelqu'un.
Mais non! chacun parmi les membres du vaillant équipage est incapable d'une telle félonie. On meurt de faim bravement, dignement, sans une plainte, mais nul ne songe à prolonger sa vie aux dépens de celle du camarade.
Cependant,... et Oûgiouk!... lui qui en sa qualité de sauvage n'a pas les mêmes motifs d'abnégation que les Français.
Oûgiouk est gras, luisant, bouffi de bien-être et de santé. En outre, le jour de la découverte du pillage il empoisonne l'alcool.
On lui demande s'il a faim. Pour la première fois peut-être il répond que non. S'il a soif, il répond: