Non pas tous, pourtant, car un seul échappa provisoirement au massacre ordonné par la plus cruelle nécessité.

On se demande sans doute pourquoi l'homonyme du grand Tartarin se servit de son tranche-lard et non pas de la carabine, et pourquoi on égorgeait comme des porcs et des moutons ces bons serviteurs, au lieu de les fusiller.

L'ordre du docteur était formel.

Comme on manquait de sang de phoque tout frais pour les scorbutiques et comme la condamnation des chiens allait faire couler une grande quantité de ce liquide plus précieux que la plupart des remèdes, il fut convenu que tous les malades sans exception, convalescents, gravement ou légèrement atteints, se gorgeraient de sang tout chaud.

Nul ne fit d'ailleurs d'observation, tant la fin terrible du pauvre Fritz, présente à tous les esprits, suffit à triompher des répugnances.

Plume-au-Vent, ancien capitaine des chiens, n'avait pu assister au massacre de ses subordonnés et amis, dont quelques-uns, on s'en souvient, étaient devenus de véritables chiens savants à une époque plus heureuse.

Il s'enfuit à travers la neige pour ne pas entendre les hurlements épouvantables des pauvres bêtes, et assister à l'agonie de ses favoris: Bélisaire, Cabos, Ramonat et Pompon.

Quand il revint, Dumas rouge comme un des exécuteurs de la Villette, venait de saisir Pompon qui, au lieu de résister, vagissait plaintivement, comme un enfant.

Le Parisien à cette vue ne put retenir une grosse larme et s'écria:

—Tonnerre de Dieu! je croyais le carnage fini!...