Il dit, embrasse Pompon sur son museau noir et luisant comme une truffe, étend le bras, et lui montrant d'un grand geste l'horizon saturé de neige, s'écrie:
—Allez!... Pompon... allez!...
Il dit: «Allez!... Pompon... allez!»
Contre toute prévision, l'animal, parti en hurlant lugubrement, n'était pas revenu à la date du 18 mai.
En revanche, ses congénères, dépouillés, vidés et exposés à la gelée, servaient à l'alimentation générale. Il n'est pas jusqu'à leurs intestins qui n'eussent été mis de côté, en prévision de disettes plus cruelles encore, où tout fait ventre, où l'homme abruti par la faim se repaît des substances les plus répugnantes et les plus incohérentes.
Ce moment est bien près d'arriver, car, en dépit du rationnement le plus sévère, de la parcimonie la plus minutieuse, les vivres touchent à leur fin.
Voici quel est d'ailleurs l'ordinaire des matelots tenus blottis sous l'abri fétide et suffoquant des iglous, ou huttes de neige.
Le matin, thé ou café sans sucre. Oûgiouk et les chiens s'en sont gavés et il n'en reste plus. Deux cents grammes par homme de viande de chien à moitié crue, et cinq centilitres d'eau-de-vie ou de rhum dans un quart d'eau chaude.
Ni biscuit, ni pemmican. Tout a été goulument dévoré.