En dépit de tout, le capitaine espère encore. Non pas l'intervention d'un secours étranger, car il est impossible que des Esquimaux viennent en pareil lieu. Mais il compte sur l'arrivée prochaine, formelle, de la saison chaude qui permettra une rapide envolée des hommes en bonne santé vers les lieux où doivent se rencontrer les gibiers polaires.
Alors le ravitaillement sera possible, ainsi que la mise en marche de la chaloupe restée en détresse à une distance minime, on s'en souvient.
Le 23 mai, la température est encore à −10°, et la neige restée pulvérulente s'envole au moindre souffle d'air.
Le 24, trois hommes, échauffés par l'usage exclusif de la viande de chien, sont atteints de dysenterie.
Les scorbutiques ne vont ni mieux ni plus mal. Mais leur faiblesse est extrême.
Le 25, on partage le dernier chien! Le 26, on furète partout à la recherche des bribes qui traînent sur le sol des iglous. Rogatons de tripes, morceaux de tendons avalés sans mâcher, raclures d'os, etc...
Le 27, la température augmente brusquement. Le thermomètre est à −3°. La glace craque partout, la neige se prend et mollit. On boit des grogs et les plus affamés commencent à attaquer les peaux de chiens. Le poil est raclé avec un couteau, et la peau est mise dans le digesteur avec de l'eau. Le cuir, à peine ramolli par deux heures d'ébullition, est grignoté en lanières. Pour ménager l'alcool, on se résout bientôt à les manger crues.
Le 28 mai, température à 0°. Mais il n'y a plus ni thé ni café.
Le docteur distribue à chaque homme une cuillerée de glycérine après chaque «repas»!...
Le 29, on voit passer une mouette, et l'on entend pépier un vol de bruants des neiges.