Helven et Marie demeurèrent seuls. On devinait derrière les stores qui voilaient les hublots, l’océan embrasé et la lourde splendeur de l’après-midi tropicale. Les boiseries du navire craquaient de chaleur. Des fleurs dans les vases laissaient choir leurs pétales. Le peintre passa la main sur son front et le sentit humecté d’une légère sueur. Marie ne bougeait pas.
Ses yeux étaient clos et les cils faisaient sur le visage une ombre soyeuse. Les narines frémissaient d’une palpitation presque invisible ; mais cela suffit à Helven pour qu’il n’eût plus la moindre envie de prendre un pinceau ou un crayon.
— Ce simple frisson, songeait-il, cette ondulation insaisissable de la vie, qui l’a rendue ? qui la rendra ?
Il se laissa glisser sur un coussin au pied du fauteuil.
Marie n’avait pas eu besoin d’ouvrir les yeux. Elle étendit la main et le peintre la couvrit de baisers. Marie jugeait maintenant qu’il était nécessaire de lui accorder quelques menues faveurs, destinées à lui faire prendre patience jusqu’à la fin du voyage et elle comptait bien les lui doser savamment.
Helven agenouillé se disait :
— Je parlerai.
Et il parla. Nous ne rapporterons pas ses paroles : tous nos lecteurs les ont prononcées, toutes nos lectrices les ont entendues. En pareil jeu, il faut être acteur ; les spectateurs et les chroniqueurs ont le mauvais rôle. Remplaçons donc le monologue de l’amant et les agaceries de la dame par le signe qu’en solfège on nomme silence. Vous qui lisez cette histoire, vous saurez bien le rendre éloquent.
Dans les flancs revêtus de bois précieux de cet étrange navire — qui n’a peut-être jamais existé — atomes écrasés sous les splendeurs conjointes de l’océan et du ciel qui heurtent leurs rayons comme deux boucliers d’émeraude et de saphir… etc… etc… : le thème est d’un beau lyrisme et nous l’abandonnons à votre verve, ami lecteur.