Entendait-elle en songe le pincement sourd des guitares, les doigts claquants des danseurs et le refrain des habaneras ? Je ne sais…
… Un cri horrible déchira le silence. Marie sursauta, les mains à sa gorge. Mais le silence s’était refermé sur le cri, comme l’eau se referme sur le noyé.
Elle tremblait.
— Un oiseau de mer, pensa-t-elle.
Mais il n’y a point de mouettes et de goélands dans ces parages. Il y a seulement dans le remous du navire — qui suit sa route — une main crispée vers les étoiles, une bouche qu’emplit la mort.
… Et sur le pont, muet et ricanant de tout son ivoire, debout auprès d’un câble tranché, Tommy Hogshead. Le premier rayon d’aurore effleure la lame d’un couteau qui luit, au bout d’un bras sombre, comme un poisson d’argent.
CHAPITRE XVII
Le cri de la vigie.
« Les Espagnols et Quiros lui-même coururent de grands dangers sur cette terre qui fut nommée par le pilote Gente Hermosa (la belle nation), mais que les indications trop vagues de sa relation ne désignent pas assez pour que nous lui assignions son nom moderne. »
Voyages de Quiros, 1606.
Le matin qui suivit cette nuit, où les principaux héros de cette histoire se sont montrés sujets à des insomnies qui — au moins pour l’un d’eux — influèrent notablement sur le cours de leur destinée, ce matin-là, Leminhac, fort dispos, car il n’avait pas souffert du même malaise, se précipita au-devant de Marie Erikow, dès que celle-ci apparut sur le pont.
— La terre, cria-t-il, en agitant sa casquette.