Van den Brooks entouré d’Helven, du professeur et du capitaine Halifax-le-Borgne, dirigeait sa lorgnette sur un point de l’horizon.

— Est-ce l’île ? demanda Marie.

— C’est l’île, répondit le maître du navire, mon île.

— Oh ! je veux voir… implora la Russe.

Elle prit la lunette, mais jura qu’elle ne distinguait rien.

— Patience, dit Van den Brooks. Vous aurez le temps de la voir dans tous ses détails, et, à vrai dire, elle ne manque pas de singularités.

— Votre navire, dit Marie, devrait s’appeler Silence et votre île, Mystère ; vous-même, n’êtes qu’un gigantesque point d’interrogation. Je vous déteste.

Dans l’excitation de la nouvelle aventure, dans l’attente de cette escale qui s’annonçait si étrangement, Marie oubliait tous les événements de la veille. Helven qui, tout en se rasant consciencieusement, avait rassemblé ses souvenirs de l’Ecclésiaste, des Pères de l’Église, des poètes antiques et modernes, des moralistes, de tous ceux enfin qui ont stigmatisé la fragilité féminine, thème éternel des littératures, Helven, qui s’était fait une âme à l’épreuve de toutes les circonstances, ne se souciait pas de rappeler une mésaventure désagréable pour lui, mais fort peu flatteuse pour elle.

Captain Joë batifolait allégrement sur l’épaule droite du marchand de cotonnades, tandis que Jack-le-Triste, l’ara gris et rouge (qui m’excusera de ne lui avoir fait jouer dans cette histoire qu’un rôle de second plan… ce n’est d’ailleurs que partie remise) élisait la gauche pour perchoir. L’avisé conseiller de Van den Brooks avait dû faire son rapport, car le maître du navire émit une étrange proposition.

— Les bains nocturnes, dit-il, — et les passagers se regardèrent avec stupéfaction — les bains nocturnes ne valent rien pour la voix.