Mais Van den Brooks aspirait avec volupté un parfum trop subtil pour les narines vulgaires.
— Ce sont mes forêts, murmura-t-il dans une sorte d’extase, mes forêts de bois de rose, de santal et d’orangers ; mes collines que bleuit le myrte à thé, où fleurissent les champs d’arum ; mes plaines couvertes de moissons, où l’on cueille l’enivrant kava ; mes rivières ombragées qui roulent des paillettes d’or, mes cascades, mes pâturages, mes haies de mûriers, tout ce parfum de la terre promise, de la terre de mon peuple, de mon royaume enfin, qui est le royaume de Dieu.
— Je ne sens toujours rien, chuchota l’avocat, agacé par ce lyrisme, à l’oreille d’Helven.
— Oh ! fit celui-ci, je flaire aussi le parfum de votre île, monsieur Van den Brooks. Il embaume délicieusement.
— Et moi aussi, dit Marie Erikow…
— Voici la terre, prononça le maître du navire avec une étrange solennité.
Ce ne fut d’abord qu’un point imperceptible, puis dans le cercle de la lunette apparurent peu à peu une bande sombre qui était les forêts, des points lumineux qui étaient les brisants ruisselants d’écume.
— Vous ne pouvez voir les cimes, dit Van den Brooks. Elles sont cachées par les nuages. Mais il y a des montagnes au cœur de mon île et vers elles montent lentement les plaines et les forêts, comme un cortège de suppliants vers l’autel. Elles vomissent parfois le feu et la terreur, car l’Esprit réside sur les sommets.
— Cette île est donc habitée par un Dieu, demanda ironiquement Leminhac.
— Vous l’avez dit, répondit le marchand avec gravité.