CHAPITRE XVIII
L’île Van den Brooks.

« In the afternoon they came into a land

« In which it seemed always afternoon. »

Tennyson.

Le débarquement s’opéra avec une solennité qui ne laissa pas d’étonner les voyageurs. Les matelots s’étaient rangés en bon ordre sur le pont. Précédé de l’esclave hindou qui portait une cassette de bois précieux et conduisait Captain Joë et l’ara, tous deux liés à une chaîne d’or, Van den Brooks s’avança vers la coupée et fit signe à ses hôtes de le suivre.

— Tiens, fit Leminhac, quel est ce personnage de Mi-Carême ?

Et il désignait Jeolly, l’Hindou.

— Je ne l’avais encore jamais vu… Et vous, Madame ?

— Ni moi non plus, répondit Marie.

Comme ils s’apprêtaient à monter dans le canot — le même qui les avait menés à bord — où le marchand avait pris place, ils virent une barque se détacher de la rive prochaine. C’était une pirogue dont l’avant recourbé s’ornait d’une tête sculptée en bois d’ébène, avec des yeux de nacre, des oreilles en écaille, une longue barbe et des lèvres peintes en rouge. Un jeune homme bronzé, mais point noir, s’y tenait au centre, appuyé sur une lance ; il était nu ; des fleurs passées dans ses oreilles et les cheveux poudrés à frimas d’une sorte de chaux.

— C’est un des grands de mon royaume, dit Van den Brooks.

La pirogue étant à portée de voix du canot, le jeune sauvage poussa un cri. Les rameurs abandonnèrent leurs avirons et se dressèrent, poussant une clameur que répéta l’écho des collines. Puis ils reprirent leur place et revinrent à force de rames vers le rivage.