L’air était doux, embaumé de mille aromes. La lumière baissait, dorant de ses rayons jaunissants le sable de la plage sur laquelle se trouvaient rassemblés, en deux groupes, des hommes bronzés comme le guerrier de la pirogue et des jeunes femmes, fort blanches, vêtues d’étoffes multicolores et soyeuses, le front et les épaules ornés de fleurs inconnues. Lorsque Van den Brooks mit le pied sur le sol de son île, tous se prosternèrent, puis les femmes, se relevant, semèrent sur ses pas des brassées de fleurs, dont les larges pétales écarlates ouvrirent bien vite aux voyageurs un chemin de sang. Les guerriers fermèrent la marche et le cortège s’avança par une route qui gravissait les flancs de la colline, bordée d’orangers et de haies de mûriers.
Van den Brooks, silencieux, demeurait solitaire à quelques pas des passagers qui le suivaient docilement.
Le maître du navire semblait plongé dans une austère méditation et sa haute figure revêtait une gravité surprenante.
— Il marche comme un grand prêtre, dit Leminhac. Il a bien de l’allure pour un marchand de cotonnades.
Le professeur, que ce faste flattait, observait les naturels et la végétation.
— Cette île doit être d’une grande fertilité, dit-il. Le climat est sans doute tempéré et toujours égal.
Marie Erikow ne put s’empêcher de murmurer ces vers :
« Un après-midi, ils arrivèrent dans un pays
« Où paraissait régner un éternel après-midi. »
et elle crut aborder en rêve sur une terre où les choses ne changent point et dont la lumière rosée caressa, un soir, la « mélancolie aux doux yeux » des Mangeurs de Lotus.