Helven regardait, étonné et ravi par l’étrangeté du décor. Comme il considérait un des guerriers de l’escorte, l’étonnement se peignit sur son visage et il communiqua à son voisin, le professeur, une observation qui fit retourner celui-ci.

— Victime de quelque accident, sans doute, fit Tramier. Dommage. C’est un superbe spécimen de la race.

Le guerrier en question était d’une haute stature ; la proportion de ses formes était d’une harmonie antique. Sa peau était fortement hâlée ; ses cheveux longs et poudrés — ce devait être la coutume de l’île — mais il était pénible de ne voir, au bout de son bras gauche, où les muscles saillaient, qu’un moignon hideux et difforme.

La vue de ce mutilé superbe et grave causa à Helven un tel malaise que le paysage, pourtant si calme et doré par le crépuscule, lui parut brusquement sinistre.

Mais il ne voulut pas faire part de son impression.


Ils parvinrent dans une sorte d’hémicycle bordé par des collines toutes mouvantes de sombres feuillages et dont le centre était formé par une prairie d’un vert plus tendre, empourprée de ces fleurs dont aimaient à se parer les naturels. Du sommet d’une des collines, sur la droite, roulait en mugissant une cascade, dont les eaux, arrivées à la prairie, se divisaient en scintillants ruisseaux, entretenant ainsi dans cette oasis une éternelle fraîcheur.

— L’Éden, dit Marie. Il ne nous a pas trompés.

Et tous — même le spirituel avocat et l’exact professeur — aspirèrent d’une lente gorgée l’odeur d’un monde nouveau, d’un monde qui s’offrait à leur bouche comme un fruit ignoré, lisse, velouté comme une joue d’enfant. Avant de mordre, ils hésitaient sur le seuil du plaisir, et ils songeaient au Jardin des premières délices.

La voix de Van den Brooks rompit le silence doré. Il s’arrêta et le cortège demeura immobile à sa suite.