Les habitations étaient faites d’un toit incliné reposant sur des piliers et sans aucune espèce de muraille. Ils virent des femmes accroupies devant des pierres d’où montait une fumée bleuâtre et aromatique ; un vieillard raccommodait un filet de pêcheur ; un enfant jouait d’une sorte de trompe de bois et, autour de lui, des jeunes gens et des jeunes filles, demi-nus, et tous couronnés de fleurs pourpres, dansaient.

— Mais, chuchota Leminhac, nous sommes vraiment dans l’île des Philosophes.

— Dans l’île des Bienheureux, dit Helven.

L’air était imprégné de joie. D’humides senteurs glissaient à travers les feuilles dont la rosée achevait de s’évaporer.

Les étrangers sortirent de leur cachette et, à leur vue, les naturels se réfugièrent, comme épouvantés, dans leurs cases. Bientôt rassurés d’ailleurs, ils vinrent en foule autour d’eux et les jeunes filles leur jetèrent en riant des fleurs. Un vieillard leur fit signe de s’asseoir près de lui, sous un arbre. Alors un enfant, de peau très blanche et, lui aussi, enguirlandé de fleurs, se mit à chanter sur un air lent et tendre une chanson qu’un autre accompagnait d’une flûte.

Les mains chargées de fleurs et de fruits, escortés par le riant cortège de jeunes filles, Helven et Leminhac s’éloignèrent de cet Éden.

— Mais, dit l’avocat, il n’y a donc point d’hommes dans cette île ?

— En effet, répondit Helven, hormis les guerriers d’escorte de M. Van den Brooks, je n’en ai pas vu.

Ils pénétrèrent alors dans une petite vallée. Les feuillages enlacés formaient au-dessus de leurs têtes les plus délicieux bosquets. Un ruisseau bruissait sur un lit de sable très blanc : des oiseaux à longue queue se posaient sur ses bords et plongeaient dans l’eau un bec aigu.

— Des oiseaux de Paradis, dit Leminhac. Et Mme Erikow n’est pas là !