Le soleil qui coulait sur leurs corps nus faisait miroiter de petites écailles d’argent. Au bruit des feuilles, ils se levèrent et marchèrent au-devant de l’étranger, tournant vers lui des visages blancs où les yeux n’étaient plus que des trous écarlates. Quelques-uns n’avaient plus de nez et de béants ulcères rongeaient leurs bouches.
Un souffle d’épouvante passa sur le front d’Helven. Il s’enfonça dans la forêt, talonné par la Lèpre.
Les hôtes de M. Van den Brooks étaient déjà réunis autour de la table, lorsque le peintre entra dans la salle à manger, le visage encore un peu pâle.
— Où diable étiez-vous donc ? demanda l’avocat.
— J’ai fait, répondit Helven, une excursion fort pittoresque.
Le marchand regardait le jeune homme avec beaucoup d’intérêt.
— Nous déplorons, dit-il, que votre goût de la solitude vous ait entraîné loin de nous.
— Si Sa Majesté le veut bien, fit Marie Vassilievna qui traitait maintenant Van den Brooks en souverain d’opérette, nous achèverons la soirée dans un certain Temple qu’elle nous a montré aujourd’hui et où il nous plairait assez d’officier en l’honneur du Seigneur des Pavots.
— Volontiers, dit le trafiquant. L’opium est à la fois un sage conseiller et le maître des songes. Il fait bon reposer en sa compagnie, sur un oreiller de laque dure. J’ai de fort bonne drogue. Ce n’est pas comme à Paris où l’on tète du dross.