Et elle rit.
— Trois boîtes de corned-beef ; petites, ces boîtes — deux boîtes de sardines — une vingtaine de biscuits et… et… c’est tout !
— De quoi vivre trois jours, dit Helven, en nous rationnant.
— Et si, dans trois jours, nous sommes encore là, nous n’aurons d’autre ressource que la courte paille, insiste Leminhac qui manifeste des velléités anthropophagiques, heureusement rares chez les membres du barreau français.
— Bah ! fait Helven, placide, avec votre dévouement, nous patienterons bien trois jours de plus : vous êtes gras.
Jusqu’ici, la gravité de la situation n’accable aucun des fugitifs. Peut-être manquent-ils tous de cette « folle du logis » dont l’absence, en pareil cas, est appréciable.
Mais voici que la voix timide, angoissée du professeur pose une question — et cette question est terrible :
— De l’eau ? Y a-t-il de l’eau pour boire ?
Il n’y a pas d’eau. Aucun de ces fous n’a songé à l’épouvantable supplice qui les attend : la soif.
Au-dessus d’eux, un ciel qui verse déjà son implacable lumière sur l’eau plus étincelante qu’un miroir, autour d’eux la mer : des houles aux longs plis déferlent, pareilles à de lourdes robes, se poursuivant sans s’atteindre, d’un rythme éternel. Et l’air salé déjà dessèche leurs gorges.