— Folie, repartit le professeur, folie pure. Et la soif, y pensez-vous ? Et les courants ? Pas une voile même pour nous aider. Nous mourrons de fatigue, d’épuisement, de faim, du scorbut…

Marie Erikow ne parlait pas. Elle regardait au loin, les yeux vides.

— Il faut tenter la chance, reprit Helven, ou revenir chez M. Van den Brooks. Il n’y a pas de milieu. Choisissez.

— Je ne veux pas revenir, dit alors Marie. J’aime mieux mourir. Revenez, si le cœur vous en dit : je me jette à l’eau tout de suite.

— Aux voix, ordonna Helven. Je suis pour tenter la chance.

— Pas moi, gémit faiblement le docteur.

— Ni moi non plus, murmura Leminhac.

— Oh ! fit Marie Erikow avec mépris.

— Pardon, reprit l’avocat, confus, pardon, je suis pour tenter un peu la chance. On verra après, ajouta-t-il entre ses dents…

— A Dieu vat, fit l’Anglais. Je prends le commandement du bord. Madame Erikow tiendra la barre. Nous trois, nous ramerons. Deux seront aux avirons, pendant que le troisième se reposera. Je vais faire le point. Si le temps ne se gâte pas, nous pourrons avancer et ne pas trop dériver. Il faut nous rapprocher de la ligne suivie par les vapeurs. Nous en sommes encore à quelques milles. Le canot est bon. Il n’embarque pas trop. En route !