Ils dépensèrent ce qui leur restait de forces à ramer toute la nuit. Helven prétendait s’orienter sur les étoiles. Marie Erikow prit la place du professeur qui s’affaissait à demi-mort sur les avirons. Cette nuit-là leur parut interminable. Ils ne l’oublièrent jamais.
— A l’aube, pensaient-ils, nous apercevrons la terre.
Mais à l’aube, l’étendue marine s’offrit à leurs yeux, dans la nudité de ses flots. L’horizon était vide ; le ciel, d’une immuable splendeur.
Helven frissonna.
— Je crains, murmura-t-il, que le courant ne nous ait fait dériver quelque peu.
— Alors, dit gravement le professeur, je vais écrire mes dernières volontés.
Il déchira une feuille de bloc et arma son stylographe.
— Celui de nous — et ce ne sera certainement pas moi — qui fermera les yeux le dernier, celui qui conservera encore quelque force, lorsque ses compagnons seront déjà dissipés dans le tourbillon des atomes, rassemblera ce qui lui restera de vie pour écrire nos noms infortunés, la date de notre perte, et confier ce triste document, soigneusement roulé dans ce récipient (il montra le tonnelet de rhum), à la mer qui sera notre tombeau.
Marie Erikow pleurait doucement.
— Quel dommage que nous n’ayons pas une bouteille, fit Leminhac. Ce serait tout à fait dans la tradition.