— Puisse notre exemple, ajouta le docteur, être de quelque utilité aux imprudents navigateurs !
Il griffonna quelques lignes, puis, stoïque comme Caton, s’enveloppa la tête de son mouchoir et s’étendit au fond de la barque.
Helven, avec la fureur du désespoir, se remit aux avirons. Son visage était fort pâle, mais une énergie suprême s’y peignait.
Marie l’admira, et plaça en lui tout son espoir. Leminhac, bien que fort épuisé, reprit courage et aida son compagnon…
Vers midi, les rameurs, dévorés par la soif, ruisselants de sueur, les mains ensanglantées, laissèrent retomber les lourds avirons. Les tolets gémirent, puis la barque tournoya sur la crête indolente des vagues.
Le soleil se couchait « dans des confitures de crimes », lorsqu’un panache de fumée voila légèrement le disque inspirateur de sonnets. Ce n’était qu’une bien mince fumée, mais elle parut à Marie Erikow, qui guettait un sauveur impossible, couchée à l’avant et semblable à une figure de proue, le signe même de la vie. Elle passa plusieurs fois la main sur ses yeux, craignant d’être victime de quelque abominable hallucination. Mais la traînée sombre s’allongeait maintenant sur la pourpre du ciel. Plus de doute. Un navire.
Elle poussa un cri.
Helven bondit, enjamba les corps de Leminhac et de Tramier qui ne bougeaient pas et hurla à son tour :
— Hurrah ! Un bâtiment.