— Et ne songez-vous pas, ajouta-t-il, devant cette munificence, à tous les trésors engloutis, aux galions bondés d’or et de diamant qu’elle a happés, à l’incorruptible splendeur qu’elle recèle sous les plis de ses vagues ?
— Si vous saviez, murmura-t-il. Si vous saviez ce qu’il m’a été donné de voir…
Mais il n’acheva pas…
Une étrange animation régnait à bord, une agitation invisible ; on eût dit que le navire se crispait d’attente et se gonflait de volupté. Des ombres rôdaient. On devinait des formes couchées le long des bastingages ; des yeux luisaient. Tous sentirent passer sur leur visage une haleine de désir, comme si auprès d’eux un être formidable et muet convoitait une proie, et Marie Erikow, abaissant ses paupières, huma voluptueusement ce souffle.
L’équipage flairait la présence d’une femme, dans l’immense solitude de la nuit et de la mer, de cette femme qui, une cigarette brasillant au bout de ses doigts, semblait dormir, les narines palpitantes et des reflets d’astres mêlés à ses cheveux.
Van den Brooks devinait cette muette convoitise et tournait de temps en temps la tête vers les ombres les plus audacieuses, comme un dompteur.
Soudain, une voix s’éleva. Elle était chaude, tour à tour langoureuse et passionnée. Elle martelait des syllabes sonores, des vers éclatants et âpres :
« Ti quiero, Morena, ti quiero
« Como se quiere la gloria,