« Je ne comprends pas.

« J’ai eu un jour ses confidences.

« Après sa mort, j’ai pris connaissance de ce manuscrit. Cet homme a souffert : il a souffert au point de se donner la mort.

« Et je ne comprends pas.

— Vous comprendrez, Tramier, fit Van den Brooks, vous comprendrez quand vous ne serez plus seulement un médecin.

— Les mots de souillure, péché, immondice, reviennent à tout instant dans son journal. Pour lui, c’est l’amour, l’acte d’amour qui, quel que soit l’objet, est par essence le péché. Encore ce vieil atavisme religieux. Et voilà ce que je ne comprends plus. Pour moi, l’amour normal est sain, hygiéniquement recommandable et nécessaire à la conservation de l’espèce. Il n’y a pas de quoi se désespérer. C’est tout.

— Oh ! non, interrompit Mme Erikow, avec un soupir.

— J’entends bien, chère Madame, et je suis trop galant pour…

— Non, vous n’entendez pas, Tramier, pas du tout, repartit Van den Brooks qui tirait de son brûle-gueule de petites bouffées auréolées de gris cendré. Laissons la galanterie, laissons aussi l’hygiène.

« Florent est un esprit absolu ; aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est de la race des ascètes, des moines, de tous ceux qui sont incapables de sacrifier aux conventions sociales une parcelle de leur terrible individualisme comme le plus léger article de leur foi. C’est un anarchiste, comme les moines d’ailleurs, qui n’acceptent une discipline que pour vivre plus librement en eux-mêmes, hors de toute intervention spirituelle. Florent est incapable de se soumettre à un ordre moral imposé, comme il est incapable de mentir, car le mensonge est une soumission.