Van den Brooks prit le jeune peintre par le bras et commença avec lui cette promenade à travers le navire qui était le rite sacro-saint de la journée et en marquait invariablement le début. Il voyait tout d’un œil rapide et infaillible.

Dans l’entrepont, étendu sur son hamac, qu’il n’avait pas encore roulé, Lopez fumait. Sa belle tête brune se balançait, et il laissait pendre un poignet cerclé d’un mince bracelet d’or.

— Debout, dit Van den Brooks. Ce n’est pas l’heure de la sieste.

L’homme se leva et il s’éloigna sans une excuse. Il y avait dans ses traits une extraordinaire expression de mélancolie.

— Quel étrange matelot ! dit Helven.

— Oui, c’est un de ces gaillards qui font des poètes, des moines, des assassins et parfois aussi des ruffians. Ils sont capables de tuer pour un désir ou pour une vengeance ; ils sont aussi capables de mourir pour quelqu’un, à l’occasion. Lopez allait au bagne. Je l’ai pris avec moi. Il ne l’oubliera pas. Mais il est indolent, orgueilleux et grave…

Van den Brooks ajouta :

— Il y a un malheur. Il chante trop bien. Il finira mal.

— Je ne comprends pas, dit Helven.