— En voulez-vous une troisième ? demanda-t-il galamment.
Marie, un peu surprise, chercha à surprendre un regard derrière les lunettes vertes. Mais elle n’y parvint pas.
— Voulez-vous, dit Van den Brooks, me permettre de vous montrer ma bibliothèque ?
Et ils pénétrèrent dans une pièce arrondie, de petite dimension, mais ornée de livres dont les reliures brûlaient de flammes douces, dans la pénombre, parmi les armes, lances, boucliers, kriss, coupe-têtes, des vases de Chine en émail bleu et des instruments de musique aux formes surprenantes. Dans un angle, un énorme Bouddah trônait, et les spirales azurées des bâtons de santal qui brasillaient dans les brûle-parfums, enveloppaient d’un épais nuage le rayonnement cuivré de la statue. A ses pieds, était accroupie une autre statue, d’ivoire bruni sans doute, et qui représentait un jeune Hindou presque nu et la tête ceinte d’un turban.
Mais, à la grande surprise de la Russe, la statue d’ivoire se dressa devant eux, pour se prosterner ensuite à la mode orientale. Van den Brooks parut ne point s’apercevoir de sa présence et l’homme — car ce n’était point un simulacre — demeura courbé sur le tapis.
— Mes livres, dit Van den Brooks, en montrant les rayons de bois de rose revêtus de plaques en cristal. J’ai quelques éditions rares.
Il tendit à Marie un livre dont la reliure semblait faite d’une peau de serpent, veinée de jaune et de noir.
— Lautréamont, dit-il, les Chants de Maldoror, mon livre de chevet.
— Je ne connais pas, fit la Russe éberluée.
— C’est un classique, prononça le marchand de cotonnades.