Gaudin évoque le drame quotidien de la forêt. Il me décrit la vie farouche du prospecteur et du placérien. Il l’a vécue. Il a subi l’étouffante chaleur, la fièvre, la morsure des bêtes, et conclut en souriant :

— Tout de même je regrette le bois. Là-bas j’étais heureux.

Et puis il y a l’or.

Le prospecteur se dirige au jugé, d’après son flair, d’après les indications qu’il a pu recevoir. Il s’arrête au bord d’un ruisseau ou d’un torrent. La végétation lui indique parfois si le terrain est aurifère ou non, certains arbres ne poussant que sur un humus très profond.

Un jour des placériens s’arrêtèrent pour déjeuner auprès d’un amas de rochers. L’un d’eux laissa glisser sa cuiller dans une faille. Pour la retrouver, il dut, aidé de ses camarades, déplacer une énorme pierre. Ils trouvèrent non seulement la cuiller, mais une pépite de plusieurs kilos.

La légende parsème cette terre de mort de trésors enfouis. L’or n’est pas un minerai comme le fer ou l’argent. Il apparaît pur, vierge. Il n’y a guère de méthode pour le découvrir. On le trouve parfois en creusant des puits, entre l’argile et le quartz. On draine la poudre jaune, mystérieuse, qui paillette l’eau de certains torrents. Chaque source d’or tarit plus ou moins vite. Puis l’or reparaît, ailleurs, en des lieux imprévus. On soupçonne que les monts Tumuc-Humac, inexplorés, abritent de fabuleux gisements. Un lac aux eaux sombres recouvre la ville de Manoa del Dorado ; les richesses des dynasties indiennes disparues y reposent à jamais. Et depuis des siècles, des hommes que troublent ce mirage et cette légende, remontent le cours du fleuve en quête de l’Eldorado. Combien sont revenus ? Un mystère entoure l’or. Il semble que, pour la nature elle-même, il est quelque chose d’étrange. Un oiseau décèle sa présence, l’oiseau-voyou que l’on appelle aussi l’oiseau mineur. C’est lui qui par son chant appelle le chercheur de placer. Et là où il est, il y a de l’or.

MONSIEUR AUGUSTE

Pendant des heures, nous avons remonté la rivière vaseuse et jaunâtre qui borde la forêt. Un vol de perroquets ou d’ibis, le sillage d’un caïman ont seuls rompu la monotonie de cette verdure sombre et de cette eau. Nous sommes partis trop tard et les pagayeurs ont fort à faire pour remonter le flux. Le canot est lourdement chargé. La nuit va nous surprendre, la brusque nuit tropicale. Déjà sifflent les maringouins surgis avec la fraîcheur du soir.

Et la nuit tombe. Il semble que le silence soit devenu plus lourd. Les premières étoiles se lèvent. Nous sommes environnés de ténèbres. L’eau clapote avec un bruit mou. On devine dans l’ombre la masse impénétrable, hostile du bois.

Soudain un point lumineux. C’est l’appontement du village. On tire un coup de fusil, du canot, pour se faire reconnaître. Nous accostons péniblement, entre des pirogues vides. Des indigènes s’agitent avec des lanternes, nous guident vers les cases où nous reposerons.