— Laisse-moi, fis-je brutalement. Va-t’en.
Il s’éloigna avec un pauvre sourire. Pourquoi n’ai-je pas couru à lui ? Pourquoi ne l’ai-je pas pris dans mes bras ? M’aura-t-il pardonné ?
Édith Jouvelin repartait le lendemain. Je l’entendis fermer sa porte avec ostentation, siffloter en se déshabillant un air de valse à la mode. La nuit eût été si belle pour deux amants ! Le pavillon était si solitaire ! Je me couchai, plein de fièvre et d’humiliation, rongeant ma couverture. Plus amer que tout était le regret d’un inestimable bonheur perdu.
Je devais conduire mes hôtes à la gare aussitôt après déjeuner. Vers onze heures, j’étais dans le salon, seul, me balançant sur un rocking-chair. Soudain, sans avoir rien entendu, je sentis deux mains se poser sur mes yeux, une bouche aspirer mes lèvres renversées. Je ne bougeai point.
Puis les mains défirent leur bandeau. Je vis Édith, toute rose, se diriger vers la porte, en souriant, un doigt posé sur sa bouche… Elle me fit signe de ne pas la suivre. Et je compris que cela était bien ainsi.
Vers le milieu de septembre, je reçus une lettre de Lortal. Elle était si affectueuse que j’en demeurai surpris, n’étant pas habitué aux effusions de mon ami. « Nous rentrons de Bretagne, me disait-il. Je compte te voir bientôt. Tu ne me reconnaîtras plus. Je suis tanné par le vent de mer. Par-dessus le marché, je suis heureux. Je t’embrasse… »
Le bonheur de Lortal ne laissa pas de me rendre soucieux.