Nous fîmes quelques pas en silence.

— Je hais le chanoine, me dit-il. C’est un Tartufe ! Depuis notre retour, il vient tous les soirs, sous prétexte de whist, de livres prêtés à Mathilde, etc. Que sais-je ?

— Bah ! répondis-je, que t’importe ! Parle-moi de toi plutôt. Ta lettre m’a intrigué. Tu m’y laissais entendre un grand bonheur…

— J’ai eu tort de te parler de cela, coupa-t-il agacé. Mettons que j’aie été heureux, très heureux, plus heureux que tu ne le seras jamais, insista-t-il durement. Mais ce qui est passé est passé. Cet imbécile de Miromps me dégoûte : il me traite comme un fils. Quant à Mathilde, elle est trop lâche… Et dire que je l’ai crue si forte. Mais le Doublemaze a fait sa conquête.

— Comment ?

— Oui, comme je te le dis. Le vicaire est un ambitieux. Miromps doit être l’instrument de sa carrière. Si les élections réussissent pour son parti, si Miromps est élu, Doublemaze est un grand homme. La banque agricole, le « Laboureur », qu’a fondée le chanoine, sous l’espèce d’un homme de paille, c’est sur les épaules d’un Miromps qu’elle doit reposer. Miromps est indispensable. Or, Miromps est un faible.

— Crois-tu ? Un homme qui a eu une existence aussi dure…

— Ça ne prouve rien. C’est un faible. Le chanoine est bien plus fort que lui, va, sans être le fils de ses œuvres. Il a vu tout de suite le défaut de la cuirasse : la femme. Miromps ne vit plus que par Mathilde. Depuis qu’il est marié, il est aveugle, sourd et bête. Le voilà bien, le grand aventurier ! Mathilde est malade et Miromps perd la tête. Son argent, il s’en fiche. Si Mathilde lui demandait de le jeter à la rivière, il le ferait aussitôt en pleurant de joie.

— Et si Mathilde le lui demande pour…

— Pour Doublemaze ! Eh ! bien, il donnera ce qu’on voudra. C’est bien ce qu’a vu Tartufe ! Et c’est le siège de la femme qu’il a commencé.