Je dus suivre le bonhomme, un peu dépité de laisser Lortal en proie aux autres. Pour la première fois de ma vie de collégien, je regrettai de quitter la cour.

Dans le parloir, orné de fauteuils de zinc, de bancs verts et d’arbustes en pots, ma mère causait avec une dame qui tenait par la main un jeune garçon d’une dizaine d’années. A mon arrivée, la dame se retourna et je reconnus la rousse de la chapelle.

— Voici mon grand fils, chère amie, dit ma mère.

— Déjà un homme ? fit l’inconnue. En quelle classe entrez-vous, monsieur ?

— En rhétorique, madame.

J’étais rouge, gêné d’être vu en uniforme par cette jeune femme. J’eus honte de ma faiblesse et je la regardai bien en face, presque effrontément, pour me punir. Sous le réseau de la voilette, ses yeux étaient couleur d’algue. Les lèvres étaient si carminées que j’eus envie de rire et qu’il me vint un peu de mépris pour une créature aussi frivole.

— Charles, dit-elle à son fils, voici ton grand camarade Paul Demurs. Il te donnera de bons conseils. Tu l’écouteras.

Puis, avec une inflexion de tendresse qui me toucha :

— Puis-je vous confier mon fils, monsieur ? Il entre au collège pour y faire sa première communion. Il est un peu frêle et n’a jamais connu que la vie de famille. Vous le protégerez. Il vous aimera bien.

Le petit leva les yeux sur moi. Il avait un joli et pâle visage. Il me tendit la main, serra la mienne avec force. J’étais assez fier de mon rôle de protecteur.