Hostemque nostrum comprime
Ne polluantur corpora.
« Éloigne de nous, Seigneur, les songes et les fantômes des nuits et repousse notre ennemi, afin que nos corps ne connaissent pas la souillure. »
IV
Lortal accomplit tous les devoirs de la retraite avec une gravité qui me surprend. Les bras croisés, les yeux fixés sur le chœur, il chante ou répond aux prières, si correctement pieux que, malgré moi, je murmure : « Pharisien ! ». L’abbé Testard l’observe sans bienveillance. Il se méfie de ce nouveau dont tous les gestes sont mesurés, dont la tenue est irréprochable, mais qui, sous son masque attentif, semble cacher mille pensées étrangères. Cependant Lortal est fort bien en cour. Le Supérieur l’a appelé pendant une récréation et s’est promené avec lui, un moment, la main affectueusement posée sur son épaule. Fourmeliès ne prodigue pas les manifestations d’amitié ; il est avec nous réservé et distant. Aussi, bien que Lortal soit ici depuis trois jours, la considération générale l’entoure. Testard s’en inquiète. Je le devine. Il n’a pas osé m’entretenir de cette amitié nouvelle. Mais il pressent un danger.
Comme nous sortions de la chapelle, Lortal me prit le bras :
— Dites-moi, commença-t-il, — il n’avait pas perdu l’habitude du « vous » — on va nous distribuer les billets de confession. Qui dois-je désigner ? Je n’ai aucune idée de ces choses-là.
Sa moue impertinente me charmait et me gênait tout ensemble.
— L’abbé Testard ? Non. Un peu gros, un peu paysan. Qu’en dites-vous ? Et puis il voudrait me faire moucharder, sans doute ?
— Je ne pense pas, fis-je en rougissant (car Testard avait été mon confesseur).