— Bah ! Vous savez, je n’ai pas confiance. J’ai envie d’aller voir le jésuite. Ils sont toujours polis, doux comme des femmes. Et puis on peut causer avec eux… Je préfère, ajouta-t-il, quelqu’un qui ne soit pas de la maison.
— Mais, objectai-je, le Père n’est là qu’en passant ?
— Eh bien, je choisirai Fourmeliès ensuite ; il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints.
J’admirai ce trait. Le choix du confesseur avait une importance que je devinais à la façon dont Lortal affirmait sa décision. Lortal me parut un profond politique sous cette apparence d’ironie et de nonchalance. Par cette manœuvre, il s’attirait à la fois le respect des surveillants et la considération des élèves, car l’abbé Fourmeliès était admiré et craint. Les médiocres n’osaient pas affronter sa direction ; les timides, comme moi, hésitaient à l’importuner de leurs vétilles de conscience. Mais Lortal avait l’audace d’un esprit supérieur et ne redoutait pas de passer, chaque semaine, le seuil du fameux cabinet. Il se mettait d’un coup au-dessus du commun. Il assurait son indépendance. La qualité de son intelligence et la multiplicité de ses occupations détournaient le supérieur de la surveillance tatillonne que les maîtres subalternes exerçaient sur nous. D’autre part je devinai que la sympathie de Fourmeliès irait vite à cet étrange garçon.
— C’est un bon choix, approuvai-je.
— Pour moi, reprit-il, tout cela n’a que fort peu d’importance. L’essentiel est d’avoir la paix.
— Sans doute, fis-je légèrement interloqué. Étiez-vous aussi astreints à choisir un directeur, dans votre ancien collège ?
Il sourit.
— Grâce à Dieu ! Non. Le père Sauvalet ne s’occupait guère de nous mener à confesse. La messe, le dimanche, et c’était tout. On sortait deux fois par semaine avec nos correspondants. Les Espagnols sortaient seuls. Ils pouvaient aussi fumer dans le jardin, car il n’y avait pas une cour comme ici, mais un parc avec des arbres et des bancs.
— Pardon, interrompis-je, qui étaient ces Espagnols ?