Et je m’enfuis, pour qu’il ne vît pas mon trouble et surtout pour ne pas entendre de sa bouche des paroles de désolation.
V
Le P. Nicklaus était assis sur une chaise de paille. Auprès de lui un prie-Dieu pour les pénitents. Le parquet soigneusement ciré luisait sous la lumière blanche que tamisaient les rideaux. Au mur, un crucifix, une photographie de Léon XIII, un bénitier avec une branche de buis sèche.
Le visage jaunissant du Père se détachait entre la soutane noire et le mur blanchi à la chaux. Les yeux se fermaient à demi sous le lorgnon, laissant filtrer un regard très doux et très aigu qui me pénétra comme une lame, dès mon entrée dans la pièce. Je me dirigeai vers le prie-Dieu et me mis à genoux. Le Père posa sa main sur mon épaule.
Dans cette chambre austère, il me semblait tout à coup être transporté à des milliers de lieues du collège et du monde. J’avais soigneusement préparé ma confession et tout en observant une scrupuleuse exactitude dans mon examen de conscience, je concevais quelque vanité d’exposer à un homme aussi réputé que le P. Nicklaus les raffinements de mes états d’âme et mes critiques quant au dogme. Le jésuite ne me considérerait certes pas comme un pénitent ordinaire. Les questions que je lui poserais lui montreraient ma subtilité d’intelligence. Et voici qu’à peine introduit dans cette cellule j’oubliais tout. Ce regard qui s’attachait sur moi perçait jusqu’au fond de mon cœur. Je n’osais le soutenir, tant l’impression de ma nudité morale était pénible. Cet homme connaissait mes élans, mes rêves, mes désespoirs. Comme tout cela devait lui paraître misérable, mesquin ! Je m’humiliai, et, pour cacher ma confusion, j’enfouis mon visage dans mes mains.
Il les écarta doucement.
— Mon enfant, me dit-il, avant que je vous écoute en confesseur, voulez-vous que nous parlions en amis ?
Sa voix n’est plus celle que j’ai entendue à la chapelle, voix d’orateur ou de comédien, si souple, si chaude.
Il parle bas. C’est un souffle qui glisse entre ses lèvres minces, à peine entr’ouvertes.
— Demurs, Paul Demurs, n’est-ce pas ? Je connais vos parents. Eh bien, Paul, en quelle classe êtes-vous ?