— Quel mot dans votre bouche, mon enfant ! J’espère que vous le prononcez sans en connaître encore le sens.
Je balbutiai :
— C’est-à-dire, mon Père… C’est mon plus grand plaisir, voilà…
— Bien, bien…
Son regard était d’une impénétrable douceur.
— Et que lisez-vous de préférence ?
— Les poètes.
— Virgile ? Horace ?… Non, on ne sait plus le latin aujourd’hui. Racine, sans doute ?…
— Lamartine.
— Lamartine ! Oui, il a écrit le Crucifix. Il lui sera beaucoup pardonné, car il a beaucoup aimé. Mais je redoute pour vous cette influence, mon enfant. La poésie de Lamartine est bien souvent inspirée par des attachements impurs. Le plus grave, c’est que cette impureté s’y dissimule sous les apparences les plus nobles, que la passion (il insista sur ce mot) s’y exprime avec des accents célestes, que l’amour de la créature, amour coupable et désordonné, s’y exalte au point d’égaler en ferveur les débordements de l’amour divin. Oui, confusion bien dangereuse, pour vous…