Sans résistance, j’ouvre mon cœur. J’avoue. J’avoue mes curiosités, mes désirs, mes rêves. J’avoue les livres lus en cachette, un portrait d’actrice conservé dans mon portefeuille, — des choses plus graves : comment, un soir, je suis resté dans un coin du salon, avec Nelly ; elle avait passé son bras autour de mon cou, et je sentais la tiédeur de sa peau sur ma nuque ; j’aurais tant voulu que cette soirée n’eût pas de fin ! J’avoue le baiser pris à Léa, le plaisir que me cause le parfum de Nourmahal. Voici mon Éden entr’ouvert ; le jardin secret de mon adolescence. Je parle. La main que le Père a laissée sur mon épaule fait courir en moi un fluide de confiance extraordinaire et mille troubles secrets dont je ne distinguais pas la nature, voici que je les analyse à l’oreille de cet inconnu, avec une précision passionnée.

Comme il m’écoute, le Père ! Il m’interroge les yeux baissés.

— Votre cousine, ce soir-là, avait mis son bras autour de votre cou. Était-ce une marque d’affection coutumière ?

— Oui et non, mon Père. Ce soir-là pour la première fois, j’y ai fait attention.

— Croyez-vous qu’elle ait remarqué votre trouble ?

— Je ne sais. Je ne crois pas. Je demeurais immobile, presque silencieux. J’étais si bien que je n’osais rien dire. Je n’avais jamais rien éprouvé de semblable. Si, peut-être, en me baignant dans la rivière, les soirs d’été… J’aurais voulu mourir. Et il me venait une grande tristesse, mais plus douce qu’aucune joie. Je ne savais pas pourquoi j’étais triste, mais pour rien au monde, je n’aurais voulu être autrement.

— Elle ne vous parlait pas ?

— Non. Nous écoutions de la musique.

— Est-elle beaucoup plus âgée que vous ?

— Cinq ans.