Le jésuite s’acharne. Son regard a perdu toute douceur. Il prêche. Il saccage l’Éden où s’est ébattue ma pensée et dont il ne reste, sous ses coups, que ruine et corruption. Il étale un suaire sur ce monde rêvé.

Sa parole s’adoucit. Il murmure, les mains jointes :

— Récitez le Confiteor !

....... .......... ...

Je suis sorti de la petite chambre, sans en emporter le repos, l’âme plus lourde encore d’inquiétude. Cet homme a meurtri mon cœur. Les souvenirs, les images que j’ai étalés devant lui, les vers des poètes aimés, le parfum des femmes qui ont passé près de moi, les paroles de Lortal, tout cela tourbillonne comme un nuage de fleurs d’amandier balayé par une rafale.

Dans le couloir, plusieurs élèves attendaient leur tour, agenouillés le long des murs plâtreux. J’aperçus la nuque blonde de Charles Jouvelin. Je m’approchai et je vis qu’il pleurait.

Lortal m’a dit en riant :

— Êtes-vous content de votre jésuite ? Moi, enchanté. Nous avons bavardé comme deux amis.

VI

Les jours s’écoulent maintenant, identiques, réglés par un horaire minutieux. Les marronniers de la cour sont dépouillés de leurs dernières feuilles et agitent leurs bras nus vers un ciel de plomb. Les heures d’étude, de classe et de récréation se succèdent, monotones. On se lève avant l’aube au son de la clochette ; on s’habille lentement à la lumière ; puis on descend en rang dans les salles d’étude. Il fait froid : il n’y a point de feu. On s’emmitoufle dans sa pèlerine, en attendant que la chaleur des becs de gaz ait élevé la température. Quelques-uns font du chocolat, en cachette, sous les pupitres, avec de petites lampes à alcool. Le surveillant sommeille encore, le col de sa douillette relevé. Peu à peu les vitres blêmissent…