— Vous ne savez plus que devenir maintenant, me dit Testard, quand vous n’avez plus votre Lortal. Si cela ne dépendait que de vous, vous ne vous sépareriez jamais.
— C’est bien possible, répondis-je ironiquement. Y voyez-vous un inconvénient ?
— J’en vois plusieurs et des plus graves. Je suis résolu à faire cesser une intimité qui devient scandaleuse. S’il le faut, je préviendrai M. le Supérieur.
— Ne vous gênez pas !
— Vous me bravez, mon petit. Vous avez tort. Car c’est moi, croyez-le bien, qui aurai le dernier mot. Je ne veux plus de cet exemple dans la division ; je ne veux pas de ces a parte, de ces conversations dont je suis malheureusement en droit de supposer qu’elles ne sont pas celles de jeunes gens chrétiens.
— Soupçon gratuit !
— Plût au ciel que vous fussiez aussi innocent que vous voulez en avoir l’air. Mais vous me comprenez fort bien.
Et, changeant brusquement de ton :
— Voyons, Paul ! Ne vous souvenez-vous plus de vos premières années dans ce collège ? Pour vous, j’ai été tout de suite un ami, jamais un maître. Sans moi, la vie vous aurait été difficile. Vous n’avez pas réussi à vous faire aimer de vos camarades. Ils vous ont toujours jugé trop fier, trop intelligent pour eux. Car, intelligent, vous l’êtes et vous ne l’êtes même que trop ! Comment m’avez-vous récompensé de mes bontés ?
— Vous eussiez voulu faire de moi un mouchard, sans doute ?