Une poussée de haine me soulève. Les joues couperosées de cet homme, sa voix cauteleuse m’écœurent au point que je ne songe plus à mes paroles.
— Mon enfant, vous m’insultez. Je vous pardonne, car vous n’êtes pas maître de vous. Je ne sais quel esprit malin vous possède. Comme vous avez changé ! Qu’est devenu l’enfant docile, pieux, aimant ?…
— Aimant ! Mais je ne vous ai jamais aimé, jamais !
Et je martèle ce mot avec rage.
L’abbé Testard fait un grand effort sur lui-même. Il sourit.
— J’ai cru à votre affection. La mienne ne tendait qu’à faire de vous l’enfant préféré du Seigneur !
— Et c’est pour cela que vous veniez, chaque soir, me parler au dortoir, pour me faire insulter, le lendemain, par mes camarades.
Testard devient écarlate. Il va lever la main sur moi.
— Petit misérable ! Votre âme est plus corrompue encore que je ne le croyais. Quel venin faut-il que l’on ait versé en vous ? Comme j’avais raison de redouter pour vous la société de certains êtres qui contaminent tout ce qu’ils touchent ! Ah ! je ne me trompais pas. Mais il faut couper le mal dans sa racine et je n’hésiterai pas.
— Le mal ? dis-je exaspéré. Mais quel mal ? Parlez franchement !