Mme Jouvelin nous attendait avec un gros paquet de gâteaux. Mon orgueil en fut blessé, mais ma gourmandise, satisfaite. Nourmahal était fort belle. Elle portait un manteau de fourrure sombre et sa chevelure étincelait. L’objet de ma passion m’étonna. Cette jolie femme, rieuse et déconcertante, ne ressemblait guère à ma Sylphide. Le roman ébauché en esprit, auquel mes conversations avec Lortal avaient donné une substance illusoire, s’effondra aussitôt. C’est une terrible chose que de parler à une femme qui vous sourit de toutes ses dents, qui sent bon et qui vous demande, à vous qui mûrissez de si graves réflexions sur le péché et sur l’amour, à vous qui attendez la vie avec tant de gravité :
— Aimez-vous les éclairs au chocolat ou préférez-vous des barquettes aux fruits ?
Comment leur parle-t-on, à ces êtres ?
Mais elle se charge de la conversation :
— Vos études ? Ce bachot ?… Lettre de votre mère. Charles vous aime beaucoup. Il se passe tout à fait de moi, n’est-ce pas, Charles ? — Je suis très contente qu’il vous ait pour camarade… Vous irez chez vous à Pâques ? — Allons ! Au revoir ! Merci d’être aussi gentil pour Charles.
En s’éloignant, elle se retourne et me fait un signe de sa main gantée :
— Je vous suis très reconnaissante, très…
Je n’ai pas dit un mot !
Je sens que je n’aurais plus beaucoup d’effort à faire pour l’aimer. Mais combien pour le lui dire !
— Eh bien ? demande Lortal, quand je regagne la cour.