Je me contente de sourire en baissant la tête.


Quelques jours plus tard — nous étions alors en février — nous fîmes en promenade une singulière rencontre.

Nous traversions le vaste plateau de bruyères qui domine Aubenac. Des rafales entraînaient de lourds paquets de nuages d’où tombaient, rares et glacées, des gouttes de pluie. Un bouquet de bouleaux, aux troncs maladifs, frissonnait sur l’horizon. Et de cet horizon, brumeux, infini dans sa grisaille, surgit une silhouette équestre. Quelques instants plus tard je distinguai l’envol d’une écharpe : c’était une amazone. Elle se dirigeait de notre côté, au galop.

Nous marchions, nos pèlerines collées au corps par la bise et tête basse dans le vent. Le cheval s’enlevait en rapides foulées sur cette lande romantique. Notre colonne ralentit instinctivement la marche, car l’amazone fonçait sur nous. A quelques pas à peine, elle arrêta brusquement son cheval, les rênes rassemblées, le buste droit. De l’écume frangeait les naseaux de la bête. Mon regard s’hypnotisa sur le pommeau d’une cravache, une boule d’onyx dans un poing crispé, si frêle !

Lortal se détacha du rang et courut à elle. L’amazone sauta à terre. Leurs silhouettes se détachaient sur le ciel immense où roulaient des nuées. Elle était un peu plus grande que lui. Je distinguais mal son visage dans les plis de l’écharpe.

Testard n’était pas le moins intrigué.

Cependant l’inconnue remontait en selle. Lortal la regarda s’éloigner. Il demeura quelques instants immobile avant de rejoindre son rang. Nous ne vîmes plus qu’un point noir à l’extrémité de la lande, puis plus rien.

— C’est Mathilde, me dit Lortal.

IX